Un jour, nous remarcherons peut-être à quatre pattes...

Archives du bulletin d’Ile de France n°10 publié le 21 octobre 1996
...au musée des arts primitifs
Georges Pompidou avait choisi son détestable centre Beaubourg, Giscard a eu son musée d’Orsay, Mitterrand son Grand Louvre, qu’allait donc nous réserver Jacques Chirac ?
La décision est prise. Ce sera le musée des « civilisations et des arts premiers » qui signera le septennat du Président Chirac. Le Chef de l’Etat entend donner aux arts d’Afrique, des Amériques, d’Océanie et d’Asie « leur juste place dans les institutions muséographiques de notre pays »
Jusqu’à présent, les réalisations artistiques primitives étaient exposées au Musée de l’Homme en raison de leur intérêt ethnologique qui dépassait de loin leur intérêt artistique ou esthétique. Depuis Picasso, dont la peinture moderne était inspirée par l’art primitif, certains n’hésitaient pas à substituer au terme « primitif » hérité de l’anthropologie du XIXème siècle le terme plus positif de « primordial ». A l’image d’André Malraux par exemple ou d’Apollinaire. Mais ces considérations sont restées très longtemps marginales. Aujourd’hui, les goûts et les couleurs ont nettement « évolué »… L’Europe et tout l’ occident en général vivent une véritable passion pour toutes les formes de négritude et d’exotisme. D’où ce relativisme culturel qui est devenu une règle élémentaire de bonne moralité dans la société bien-pensante.
La meilleure façon pour les nouveaux clercs de bousculer les préjugés rétrogrades et racistes de l’homme occidental, c’est de forcer son entendement en perturbant sa capacité de discernement. Il faut mélanger et agiter la vérité et le mensonge, la beauté et la laideur, il faut faire du fort un faible… Bref, il faut tout chambarder de manière à ce que personne ne s’y retrouve tout en permettant à tout le monde de se chercher.
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Chirac se prépare donc à parachever l’œuvre de Jack Lang. Mais notre bulletin osera encore s’avouer bien plus admiratif devant la grandeur et la magnificence d’une œuvre de Vinci que devant une figure de reliquaire en bois et lamelles de cuivre provenant du Gabon.
Nous n’avons rien contre ces réalisations artistiques et anciennes de ces contrées lointaines. Nous rappelons ici simplement nos préférences et demandons à ce que l’argent du contribuable français soit utilisé dans l’intérêt du contribuable français. Le projet Chiraquien est estimé au minimum à près d’un milliard de francs ! Alors que 120 milliards de francs supplémentaires viennent d’être prélevés cette année dans la poche des français pour financer les trous et les déficits les plus divers…
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Le 30 août 1755, Voltaire s’adressait à Rousseau en ces termes, au sujet de son « discours sur l’origine des inégalités » dans lequel Rousseau dresse un portrait idyllique du bon sauvage :
« On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage »
En sera-t-il de même durant la visite du prochain musée de Jacques Chirac ?
Chouan, le 21 octobre 1996