Extrême-droite !

Extrait du bulletin d’Ile de France n° 21 du 8 avril 1997
(Suite de l’abécédaire)
E comme Extrême-droite !
Horreur et mal absolus, danger mortel, syndrome caractéristique de l’intelligence humaine déficiente, terme à prétention académique que la médiacratie utilise pour qualifier la « bête immonde ». On trouve tout et n’importe quoi dans cet ensemble aux contours imprécis des organisations, des positions, des écrits, des attitudes que l’on baptise « d’extrême-droite ». L’adjectif suffit à diffamer celui qui en est affublé. L’extrême-droite, c’est la violence, la guerre, le meurtre de masse, le racisme, la démagogie, la bêtise etc…
Pourtant, qu’y a-t-il de commun entre le national-socialisme païen et anti-chrétien et le catholicisme de tradition, entre le socialiste Mussolini et le chef vendéen Charrette, entre le libéralisme du Club de l’Horloge et le responsable de l’attentat sanglant d’Oklahoma ?
Terme fourre-tout, l’extrémisme dit de droite n’a pas de véritable colonne vertébrale. Le contenant compte ici beaucoup plus que le contenu. Il ne serait venu à l’idée d’aucun de qualifier le Général de Gaulle d’idéologue d’extrême-droite lorsque celui-ci défendait avec panache son « Europe des patries ». Aujourd’hui, vouloir l’Europe des patries, c’est vouloir « le repli sur soi, l’isolement diplomatique et économique de la France ». L’Europe des patries est désormais une idée d’extrême-droite, au sens politico-médiatique du terme, c'est-à-dire ringarde et inacceptable.
Des lois instituant la préférence nationale ont été votées par la Chambre du Front Populaire dans les années 30. A cette époque, l’approche « nationale » des problèmes sociaux était comprise et acceptée de tous. De nos jours, la préférence nationale est une idée que personne n’ose plus défendre. C’est être « d’extrême-droite » que de vouloir privilégier les français en France dans les domaines de l’emploi, du logement et de l’aide sociale.
D’Ile de France a relevé plusieurs dépêches d’agences de presse dans lesquelles Jean-Marie Le Pen est qualifié de « Président du Front National d’extrême-droite ». Curiosité stylistique et journalistique qui cache en fait de bien mauvaises intentions !
Jamais vous ne lirez ni n’entendrez que Lionel Jospin est Président du Parti Socialiste « de gauche » ou François Bayrou Député de Force Démocrate « du centre ». Il est encore davantage exclu de parler du Parti Communiste « d’extrême-gauche ». Vous n’y pensez pas !
Mais « Président du FN » ne suffit pas, on rajoute le qualificatif qui tue, la petite note qui claque ! « Président du FN d’extrême-droite » ! Le Front National des tarés, des pestiférés et de l’ignominie !
Dans le petit Larousse de 1989, on apprend par exemple que l’extrême-gauche, c’est « l’ensemble des mouvements situés à gauche des partis communistes et socialistes » !
On y exclut donc le PC et ses 150 millions de morts. De plus, la gauche, selon le Larousse, c’est « l’ensemble des groupements et partis qui professent des idées progressistes ». Ainsi quand on est de gauche on est dans le camp du progrès et, à fortiori, quand on est « d’extrême-gauche », dans les camp du progrès extrême !
Toujours selon le Larousse, l’extrême-droite serait « la fraction de l’assemblée dont l’opinion est plus conservatrice ». C’est une définition parfaitement critiquable car où commence et où s’arrête le conservatisme ? Surtout à l’Assemblée Nationale dans laquelle l’extrême-droite n’est pas représentée…
Pourquoi le parti communiste n’est-il pas considéré comme une organisation d’extrême-gauche ?Mystère.
Pourquoi qualifie t-on complaisamment les étudiants de Nanterre de « gauchistes », alors qu’a contrario, une organisation nationaliste étudiante n’est jamais qualifiée de « droitiste » mais toujours « d’extrême-droite » ?
Les mots ont leur importance. Il faut gagner cette bataille du vocabulaire et ne pas laisser l’adversaire fixer lui-même ses propres règles et ses propres limites.
Chouan - 8 avril 1997-