Je lève mon vert

Mercredi 12 mai 1976
On ne parlait plus que d’une chose : La finale de ce 12 mai à Glasgow. Le bleu, le blanc et le rouge n'étaient plus nos couleurs nationales. Nous en avions plus qu’une : Le vert de cette équipe extraordinaire et indomptable. Celui de l’AS Saint-Etienne. Mais la soirée sombrera très vite dans le noir. Celui de la défaite et de la colère contre ces montants carrés, ce coup-franc de Roth, ces minutes de jeu insuffisantes de Rocheteau... Puis ces larmes et cette immense déception.
Jamais notre pays n’aura connu un tel engouement pour une équipe, un champion, un exploit. Ces grandes heures de communion nationale sont à jamais gravées dans les mémoires. Elles le sont profondément dans la mienne. Comment ne pas avoir une certaine nostalgie de ce football post-amateur et encore pré-industriel avec lequel nos valeurs étaient si bien défendues : - Honneur du maillot porté
- Fidélité au club
- Communion puissante mais non destructrice des supporters Le Football est devenu une gigantesque industrie, toujours plus intéressante sur un plan technique, mais oh combien désastreuse sur un plan moral. Oui, je sais bien, cela a été dit et répété. D'ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas les Tapie et Consort qui ont abîmé ce sport, c’est le Football qui, victime de son succès et de son extrême médiatisation a attiré vers lui des gens peu scrupuleux, des affairistes avec leurs méthodes corruptrices et contraires à la morale du sport la plus élémentaire.
Avec eux, il y a désormais trop d’argent dans le football pour que l’honneur et la sportivité puissent encore y jouer les premiers rôles.
Alors consolons-nous avec ce maillot, ces couleurs… ce sont celles de l’espoir ! Elles appartiennent pour toujours à notre mémoire nationale et populaire. Elles sont intouchables.